L'Irlande prend la présidence de l'UE : une occasion historique de rappeler les racines chrétiennes de l'Europe

Suivi de l'affaire : Jeunesse catholique et institutions européennes : la COMECE forme ses relais· Épisode 2/5

EuropeRéservé aux membres 24/06/20262Ajouter aux favoris

L'Irlande prend la présidence de l'UE : une occasion historique de rappeler les racines chrétiennes de l'Europe
Illustration : Marie Yukimura Saitō

Le 1er juillet, l'Irlande prend la présidence tournante du Conseil de l'UE. L'épiscopat irlandais y voit une «occasion unique» de rappeler à Bruxelles les valeurs chrétiennes fondatrices de la construction européenne. Mais l'Irlande est aussi le pays du référendum sur le mariage homosexuel et sur l'avortement.

Contexte

Nous avions suivi l'engagement de la jeunesse catholique et de l'épiscopat européen dans les institutions de l'UE. Le 1er juillet 2026, l'Irlande assume pour six mois la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne. L'épiscopat irlandais, réuni en session trimestrielle, a publié une déclaration identifiant cette présidence comme une «occasion unique» de rappeler aux institutions européennes les valeurs chrétiennes fondatrices de la construction européenne.

Les faits

Les évêques irlandais ont formulé trois priorités pour cette présidence : la protection de la famille naturelle dans les politiques de l'UE, le renforcement de la liberté religieuse dans les accords commerciaux et diplomatiques de l'Union, et le rappel aux institutions bruxelloises que l'Europe post-1945 a été construite par des hommes de foi - Adenauer, Schuman, De Gasperi - dont la vision était explicitement chrétienne.

Le COMECE Youth Net - réseau de jeunes délégués des conférences épiscopales de l'UE - s'était réuni à Bruxelles du 3 au 5 juin 2025 pour travailler sur la présence catholique dans les institutions européennes et les enjeux de la participation citoyenne, de la liberté religieuse et des valeurs européennes. Ce réseau de relais catholiques au coeur des instances de l'UE est opérationnel pour la présidence irlandaise.

Analyse doctrinale

L'idée d'une Europe à racines chrétiennes n'est pas un slogan : c'est une thèse historique et théologique. Robert Schuman, déclaré vénérable par le pape François le 18 novembre 2021, voyait dans la construction européenne «une oeuvre de paix» fondée sur la fraternité chrétienne. Jean-Paul II, devant le Parlement européen en 1988, rappelait que «l'Europe a une âme» et que la nier serait la mutiler.

Benoît XVI, dans son discours au Bundestag (2011), a affirmé que les droits de l'homme eux-mêmes trouvent leur fondement dans «une raison pratique» qui ne peut ignorer ses racines naturelles et révélées. Gaudium et Spes (n. 74-76) enseigne que le bien commun politique ne peut être construit sur un vide anthropologique.

Enjeux pour l'Eglise et les fidèles

La présidence irlandaise coïncide avec plusieurs dossiers critiques pour les catholiques : la politique migratoire et ses dérives éthiques (les talibans reçus à Bruxelles pour négocier le renvoi d'exilés), les révisions des chartes de droits fondamentaux susceptibles d'y inscrire un «droit à l'avortement», et la directive sur les soins transfrontaliers.

L'Eglise irlandaise disposera d'un accès direct aux décideurs politiques pendant six mois. Le COMECE Youth Net a formé des relais jeunes dans chaque délégation nationale : c'est un réseau opérationnel, pas seulement déclaratif, dont la présidence irlandaise est l'occasion d'activer la présence.

Lecture critique et angles morts

Le risque est l'angélisme institutionnel : Bruxelles ne «rappelle» pas ses origines chrétiennes spontanément. Il faudra des propositions législatives précises, des amendements, des coalitions avec d'autres délégations catholiques - Pologne, Italie, Malte - pour que la présence chrétienne soit audible dans les salles de négociation.

L'angle mort est la crédibilité : un épiscopat dont le pays a effacé la définition chrétienne du mariage et de la vie naissante sera-t-il entendu à Bruxelles sur ces mêmes sujets ? L'Irlande porte une contradiction interne que ses adversaires ne manqueront pas d'exploiter.

A méditer et agir

«Vous êtes le sel de la terre» (Mt 5,13). La présidence irlandaise est une invitation concrète : soutenir le COMECE Youth Net, suivre les positions votées par l'Irlande au Conseil de l'UE, interpeller les eurodéputés catholiques pour que la voix de l'Eglise ne soit pas seulement celle du discours mais celle de la proposition.

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François-Xavier LemoyneCorrespondant affaires européennes
Correspondant à Bruxelles, il suit les institutions européennes et leurs implications pour la liberté religieuse, la famille et la démographie.
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Commentaires (2)

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CurioBretagne 25 Jun 2026 · 21:44

L’Europe a ses racines chrétiennes, d’accord, mais elle a aussi changé. Faut-il vraiment relancer ce débat maintenant ?

passionné_eco 24 Jun 2026 · 18:38

Enfin une présidence qui ose rappeler que l’Europe, c’est d’abord des valeurs, pas que des traités et des budgets.

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