MondeRéservé aux membres 24/06/20261Ajouter aux favoris

Les discussions techniques entre l'Iran et les États-Unis en Suisse ont débouché sur la création de quatre groupes de travail. Mais le négociateur iranien a réaffirmé l'autorité de Téhéran sur le détroit d'Ormuz. Et Trump fustige le Congrès qui lui demande de retirer ses forces. Pierre-Antoine Vasseur analyse ce noeud gordien pour les chrétiens de la région.
Nous avions suivi, dans nos éditions précédentes, la signature du protocole d'accord USA-Iran et les soubresauts autour du détroit d'Ormuz. La semaine du 23 juin 2026 apporte de nouveaux éléments : les consultations techniques en Suisse ont été conclues, l'Iran a structuré sa position, et le Congrès américain tente de reprendre la main sur l'exécutif.
Le négociateur iranien Mohammad Bagher Ghalibaf a revendiqué le contrôle du détroit d'Ormuz à l'issue des consultations techniques en Suisse (La Croix, 23 juin 2026). Ces discussions ont abouti à la formation de quatre groupes de travail entre l'Iran et les États-Unis. La nature et le mandat précis de ces groupes n'ont pas été rendus publics.
Simultanément, le Congrès américain a adopté une résolution symbolique demandant le retrait des forces américaines engagées contre l'Iran. Donald Trump a fustigé cette résolution, se défendant d'un maintien non autorisé de ses troupes dans le conflit (Le Figaro, 24 juin 2026). La tension constitutionnelle entre le Congrès et la Maison Blanche sur les pouvoirs de guerre ajoute une dimension d'instabilité à un dossier déjà complexe.
Le détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole, est un bien commun de l'humanité. Personne ne peut légitimement prétendre en faire un levier de pression économique unilatérale. La Doctrine sociale de l'Église rappelle que les ressources naturelles et les voies de communication stratégiques relèvent du bien commun universel (Gaudium et Spes, n. 69). La revendication iranienne sur Ormuz est contraire à ce principe.
Pour les chrétiens d'Iran et de la région, la question n'est pas géopolitique au sens technique : c'est une question de survie. Un Iran affaibli diplomatiquement peut relâcher la pression sur ses minorités religieuses - et notamment sur la communauté catholique chaldéenne et les protestants évangéliques qui subissent une persécution systématique. Un Iran conforté dans ses revendications régionales peut, au contraire, intensifier les pressions.
La minorité chrétienne en Iran est estimée à moins de 200 000 personnes (sur 87 millions d'habitants), dont une partie appartient à des Églises historiques arméniennes et assyriennes et une autre à des communautés évangéliques converties de l'islam. Ces dernières sont particulièrement vulnérables : la conversion de l'islam est passible de la peine de mort en droit iranien.
L'AED suit de près la situation des chrétiens d'Iran. Les rapports récents signalent des arrestations de pasteurs protestants et des fermetures d'églises. Toute détente diplomatique entre Washington et Téhéran doit être évaluée à l'aune de son impact sur ces communautés.
Les groupes de travail créés à l'issue des discussions techniques peuvent être un progrès ou un écran de fumée. Sans publication de leur mandat et de leur calendrier, il est impossible de les évaluer. La diplomatie de la « procédure » - créer des structures sans définir d'objectifs contraignants - est un classique des négociations bloquées.
La résolution du Congrès, symbolique mais réelle, signale une inquiétude constitutionnelle sérieuse. Les pouvoirs de guerre, aux États-Unis, appartiennent constitutionnellement au Congrès (Article I, Section 8). L'engagement militaire contre l'Iran sans déclaration de guerre formelle est un contentieux juridique que Trump préfère ignorer.
Les chrétiens de la région - Iran, Irak, Liban, Syrie - ont payé depuis des décennies le prix des équilibres géopolitiques que les grandes puissances négocient sans eux. Les inclure dans notre prière et dans notre solidarité concrète est un devoir de l'Église universelle.
Le détroit d'Ormuz, entre l'Iran et Oman, est le seul passage maritime reliant le Golfe Persique à l'océan Indien. Environ 20 % du pétrole mondial et 25 % du gaz naturel liquéfié y transitent. Son contrôle est un enjeu stratégique majeur.
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Quatre groupes de travail, c’est bien, mais est-ce que ça va vraiment calmer les tensions autour du détroit ? Chez nous à la paroisse, on prie pour la paix, mais les mots en réunion ne suffisent pas toujours...
Accord USA-Iran : le protocole signé, Ormuz ouvert puis refermé, les chrétiens attendent