RomeRéservé aux membres 23/06/20264Ajouter aux favoris

L'évêque d'Owensboro vient d'interdire la Messe selon le Missel de 1962 dans son diocèse. Pendant ce temps, la Fraternité Saint-Pie X reste en attente d'un geste de Rome que la fenêtre se referme à mesure que le temps passe.
Mgr William F. Medley, évêque d'Owensboro (Kentucky), a ordonné au père David Kennedy de cesser de célébrer la Messe selon le Missel romain de 1962. Cette décision s'inscrit dans le cadre du motu proprio Traditionis Custodes promulgué par François le 16 juillet 2021, qui a restreint la célébration de la forme extraordinaire du rite romain et renvoyé à l'appréciation de chaque évêque diocésain les autorisations résiduelles.
Au même moment, Le Salon Beige publie une série de dix questions adressées aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X. L'interrogation centrale porte sur la position de la FSSPX face aux sacrements post-conciliaires : la Fraternité accepte-t-elle encore le jugement formulé par Mgr Lefebvre lors des consécrations épiscopales du 30 juin 1988, selon lequel les nouveaux sacrements "sont tous douteux" ?
Dans les milieux proches du dialogue Rome-FSSPX, l'hypothèse d'un geste papal avant le 1er juillet est évoquée. Rome n'a pas confirmé officiellement l'existence d'un tel appel.
Traditionis Custodes (2021) se présente comme un acte de gouvernement pastoral, non comme une condamnation doctrinale du rite antérieur. Summorum Pontificum (Benoît XVI, 2007) avait affirmé que la forme extraordinaire du rite romain "n'avait jamais été abolie" - et, implicitement, ne pouvait l'être par simple décision administrative. Ces deux textes ne se réconcilient pas facilement sur le plan du droit canonique et de la théologie liturgique.
La question que soulève l'affaire du Kentucky mérite d'être posée clairement : un évêque peut-il interdire ce qu'un Pape avait déclaré impossible d'interdire ? La réponse dépend de l'interprétation du statut juridique de Traditionis Custodes au regard de Summorum Pontificum. Des canonistes sérieux des deux bords maintiennent que la question demeure ouverte.
Sacrosanctum Concilium (n. 23) posait en principe : "les innovations n'auront lieu que si une utilité vraiment certaine de l'Eglise les exige." Soixante ans après, la question de savoir si la restriction de la forme extraordinaire a produit l'unité espérée reste sans réponse évidente.
Deux phénomènes simultanés et contradictoires sont à l'oeuvre. D'un côté, des évêques appliquent Traditionis Custodes avec une sévérité que le texte ne rend pas obligatoire - le motu proprio laisse une marge d'appréciation diocésaine que certains prélats interprètent dans un seul sens. De l'autre, les cercles traditionalistes débattent ouvertement de leur positionnement théologique face à la Tradition post-conciliaire.
Si les prêtres de la FSSPX acceptent que les sacrements célébrés selon les livres liturgiques de Paul VI sont valides et licites - ce que Rome affirme avec constance - la réconciliation canonique devient théologiquement possible. Si certains maintiennent le doute formulé par Mgr Lefebvre, l'obstacle demeure majeur et les discussions resteront sans issue.
Le dossier révèle une tension dans la gestion romaine post-conciliaire : Benoît XVI avait tenté de résoudre la crise liturgique par l'herméneutique de la continuité et l'élargissement de la forme extraordinaire. François a rouvert la blessure par restriction administrative. Aucune des deux approches n'a résolu la question de fond.
La restriction continue, appliquée par certains évêques avec plus de vigueur que Rome ne l'impose, aggrave la méfiance sans contribuer à l'unité. L'unité liturgique ne se décrète pas ; elle se construit dans la confiance réciproque.
La crise liturgique ne se réglera ni par des interdictions supplémentaires, ni par une capitulation de l'une ou l'autre partie. Elle appelle un acte de gouvernement courageux qui reconnaisse, avec les mots exacts, que les deux formes du rite romain peuvent coexister de façon pacifique et féconde, sans que cette coexistence soit interprétée comme un désaveu de la réforme liturgique du Concile.
Le 30 juin 2026, un anniversaire s'ajoute au calendrier : trente-huit ans après les consécrations épiscopales de Mgr Lefebvre, les catholiques attentifs à l'unité de l'Eglise auront les yeux tournés vers cette plaie encore ouverte.
Date à laquelle Mgr Lefebvre a procédé aux consécrations épiscopales sans mandat pontifical, entraînant les excommunications - levées en 2009 par Benoît XVI. Le 30 juin 2026, ce sera aussi le jour du vote à l'Assemblée nationale sur l'aide à mourir.
Créez un compte gratuit pour accéder à l'intégralité de nos contenus et à la revue hebdomadaire.
Connectez-vous pour rejoindre la discussion.
C’est dur de voir disparaître une messe qui a porté tant de familles. On a l’impression qu’on efface un peu de notre histoire.
C’est vraiment douloureux de voir des fidèles privés de la messe qui les fait vivre, alors qu’on nous parle tant de miséricorde.
C’est dur de voir encore une messe traditionnelle supprimée au nom de l’unité. Comme si l’unité, ça se décrétait par décret…
C’est vraiment décourageant, cette décision. On dirait que plus on essaie de rassembler, plus on divise.
FSSPX : Léon XIV lance un dernier appel avant le 1er juillet