Talibans à Bruxelles : l'UE persiste dans une négociation sans boussole éthique

Suivi de l'affaire : Talibans à Bruxelles : l'UE négocie le retour des migrants afghans avec le régime islamiste· Épisode 2/2

EuropeRéservé aux membres 24/06/20263Ajouter aux favoris

Talibans à Bruxelles : l'UE persiste dans une négociation sans boussole éthique
Illustration : Marie Yukimura Saitō

La délégation talibane est venue à Bruxelles pour négocier le retour des exilés afghans. Le cardinal Parolin, à Rabat, rappelait le même jour que la fraternité ne peut pas être réduite à une vision utilitariste. Deux langages que tout oppose. François-Xavier Lemoyne décrypte le paradoxe européen.

Contexte

Nous avions suivi, dans nos éditions précédentes, l'invitation officielle faite par la Commission européenne à une délégation talibane pour discuter du renvoi d'exilés afghans dans leur pays. La semaine du 23 juin 2026 apporte un éclairage complémentaire : Le Figaro publie un décryptage détaillé des mécanismes de cette visite, tandis que le secrétaire d'État du Saint-Siège, le cardinal Parolin, intervenait à Rabat avec un message qui prend valeur de contrepoint.

Les faits

La Commission européenne a invité une délégation officielle du gouvernement islamiste de Kaboul pour envisager le renvoi d'exilés afghans dans leur pays, à l'appel d'une vingtaine d'États membres (Le Figaro, 23 juin 2026). Les talibans gouvernent l'Afghanistan depuis août 2021. Sous leur régime, les femmes sont exclues de l'espace public, de l'enseignement secondaire et de l'université. Les minorités religieuses - dont la toute petite communauté chrétienne afghane, estimée à quelques milliers de personnes, dont la plupart sont convertis de l'islam - vivent dans la clandestinité absolue. La conversion de l'islam est passible de mort.

Le même 23 juin 2026, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Saint-Siège, s'exprimait à Rabat en tant que nouveau membre honoraire de l'Académie du Royaume du Maroc. Il a exhorté à ne pas considérer la fraternité avec une « vision purement utilitariste », invitant à passer de la simple « tolérance » à un véritable accueil de l'autre. Vatican News (23 juin 2026) rapporte ses paroles.

Analyse doctrinale

La Doctrine sociale de l'Église est claire sur le droit d'asile. Le Catéchisme enseigne que « les nations plus prospères sont tenues d'accueillir dans la mesure du possible l'étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu'il ne peut trouver dans son pays d'origine » (CEC, n. 2241). Mais le même texte ajoute : « Les autorités politiques peuvent subordonner l'exercice du droit d'immigration à diverses conditions juridiques. » La question n'est donc pas binaire : ni l'accueil inconditionnel ni le refoulement aveugle ne satisfont à la doctrine.

Ce qui pose problème dans la négociation UE-talibans, c'est autre chose : c'est le fait de légitimer un régime qui persécute ses propres populations en lui offrant une reconnaissance internationale. Renvoyer des Afghans vers un gouvernement qui opprime les femmes, exécute les apostats, et interdit toute forme de culte non islamique, c'est exposer des personnes vulnérables à un danger documenté.

Enjeux pour l'Église et les fidèles

Les catholiques européens - et notamment français - sont directement interpellés. Beaucoup de ces exilés afghans que l'UE envisage de renvoyer ont fui précisément en raison de leur foi ou de leurs liens avec les forces occidentales. Parmi eux se trouvent des convertis au christianisme. Les renvoyer, c'est les exposer à une mort certaine.

Le cardinal Parolin, en parlant de fraternité non utilitariste à Rabat, formulait implicitement la critique de ce que l'UE est en train de faire : traiter les migrants afghans comme une variable d'ajustement politique plutôt que comme des personnes humaines dotées d'une dignité irréductible.

Lecture critique et angles morts

L'angle mort principal du débat européen sur les renvois afghans est la question des convertis. Aucun mécanisme officiel ne protège spécifiquement les Afghans convertis au christianisme en cas de renvoi. Leur situation est légalement et pratiquement différente de celle des autres migrants, mais elle n'est jamais mentionnée dans les textes officiels de la Commission.

La visite talibane à Bruxelles a aussi une dimension symbolique dangereuse : elle normalise un régime que l'UE a officiellement condamné à plusieurs reprises pour violation des droits fondamentaux. La cohérence entre les déclarations de principe et les actes diplomatiques est une exigence de crédibilité que l'UE ne peut pas ignorer indéfiniment.

A méditer et agir

La fraternité dont parle le cardinal Parolin n'est pas une option sentimentale. C'est une exigence anthropologique fondée sur la dignité commune de l'être humain, créé à l'image de Dieu (Genèse 1, 27). Les Afghans que l'UE veut renvoyer sont des hommes et des femmes faits à cette image. Leur sort nous concerne.

Chrétiens en Afghanistan

La communauté chrétienne afghane est estimée à quelques milliers de personnes, en grande majorité des convertis de l'islam. Sous le régime taliban, la conversion est passible de la peine de mort. Ils vivent dans une clandestinité absolue, sans lieu de culte officiel. Source : Portes Ouvertes, Index mondial de persécution 2025.

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François-Xavier LemoyneCorrespondant affaires européennes
Correspondant à Bruxelles, il suit les institutions européennes et leurs implications pour la liberté religieuse, la famille et la démographie.
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C.M. Amorçage26 Jun 2026 · 07:51

Inviter des gens qui piétinent les droits de l'homme, c'est se tirer une balle dans le pied. On dirait qu'à Bruxelles, on a oublié ce que ça veut dire, la fraternité.

passionné_eco Amorçage25 Jun 2026 · 17:44

Négocier avec les talibans comme si c'était un gouvernement normal, c'est faire semblant d'oublier ce qu'ils font subir aux Afghans. L'Europe se dit chrétienne, mais là, c'est le monde à l'envers.

Léa75 Amorçage24 Jun 2026 · 15:47

C’est aberrant de discuter avec des gens qui interdisent aux filles d’aller à l’école. On a l’impression que Bruxelles a oublié ce qu’elle défend.

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